Association nationale pour le développement de la mobilité électrique
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Gruau: "les collectivités locales ont les moyens de stimuler le développement de l’utilitaire électrique"

Avec l’entrée en vigueur de l’arrêté sur l’identification des véhicules selon leurs émissions de polluants, les collectivités ont la capacité de mettre en place des zones à circulation restreinte pour améliorer la qualité de l’air en ville. Les professionnels vont devoir adapter leur flotte aux contraintes locales d’exploitation. Face à ces enjeux, l’offre de véhicules électriques est aujourd’hui mature, pour peu que les constructeurs le fassent savoir. Entretien avec Paul Mauxion, Directeur Activité Véhicules Propres du Groupe Gruau.
Gruau:

Avere-France : Longtemps dynamisé par le segment de l'utilitaire, le marché du véhicule électrique est aujourd'hui tiré par les ventes de véhicules particuliers tandis que les immatriculations d'utilitaires peinent encore à décoller. Comment expliquer cette tendance ?

Paul Mauxion : Les ventes électriques sont bien tirées aujourd'hui par les ventes aux particuliers, il est d'ailleurs intéressant de voir que l'usager est dans bien des cas périurbain ou campagne dans le cadre d'un mono trajet domicile travail.

Pour revenir à l'utilitaire, le segment du 4 m3 est bien représenté et reste le seul segment diversifié. Gruau apporte une réponse sur le segment du 11 m3 et plus avec l'arrivée sur le marché du programme ELECTRON II. Une flotte professionnelle est dans bien des cas multi-segments et le manque d'offre globale sur l'électrique peut être un facteur pénalisant dans la tête des professionnels et gestionnaires de parcs.

La préoccupation première des professionnels reste l'autonomie et la capacité à pouvoir recharger de manière efficiente sur leur lieu d'activité. Force est de constater que les bâtiments professionnels n'ont pas été pensés pour assurer des gestions de charges structurées de flottes professionnelles (capacité en énergie – infrastructure de bornes à installer), la démarche de recharge est moins intuitive qu'aller faire le plein à la pompe !

Il est également probable que l'électrique incite à des modes de détention différents dans les parcs. Les futurs propriétaires intègrent ce facteur dans leur réflexion d'acquisition ce qui n'est pas sans conséquence dans le temps d'intégration de l'électrique dans les flottes et la gestion inévitable d'une mixité thermique-électrique.


La solution doit-elle venir aussi des pouvoirs publics ?

Les décisions et directives nationales donnent inévitablement le ton. Les pouvoirs publics ont d'une part à donner l'exemple en qualité d'utilisateur des véhicules présents sur le marché et d'autre part à favoriser le changement par des accompagnements fiscaux radicaux en faveur des nouvelles énergies propres. La vision et donc tout accompagnement doivent s'inscrire dans la durée pour permettre aux professionnels de se positionner.

Regardez les actions menées dans certains pays du Nord et particulièrement, la Norvège …. Les chiffres (les véhicules électriques et hybrides rechargeables ont représenté 22% des immatriculations de véhicules neufs en 2015) parlent d'eux même sur le pourcentage du parc roulant propre.

La décision nationale n'est pas la seule. Le pouvoir de démultiplication appartient également aux acteurs territoriaux. Ces derniers possèdent des leviers forts pour agir et notamment des leviers opérationnels : plages horaires adaptées, circulation restreinte, mise à disposition de foncier pour la livraison du dernier kilomètre. Prenons pour exemple Paris et de manière plus large le Grand Paris où l'insistance des messages se traduisent pas des actes concrets propices à l'usage de solutions propres.


Y a-t-il alors un intérêt à aider localement les acteurs économiques à s'équiper en véhicules utilitaires électriques ?

Oui bien sûr, car la volonté des futurs acquéreurs est là. Les petites entreprises s'inquiètent en effet des contraintes locales et des messages "raisonnés" de circulation pensés par les villes et municipalités, mais n'ont pas toutes les ressources financières pour acquérir un véhicule électrique.

Le marché de deuxième main, autrement dit du VO, n'est pas encore mature sur l'électrique, or, de nombreux professionnels sont acquéreurs de ce type de produit. Accompagner l'acquisition du "neuf " est une priorité. Les aides locales sont un bon moyen de rendre accessible le véhicule électrique, mais toutes les municipalités ne pourront pas réaliser cet investissement. Aussi le disque vert, des contrôles efficients sur les "vignettes Crit'air" sont autant d'autres réponses.

Activer le marché de l'occasion passe, sur ce jeune marché, par l'équipement de nombreuses flottes pourvoyeuses de volume à terme. Le déploiement de l'électrique passe par un cadre national établi stable et une démultiplication des actions locales.



Les constructeurs de véhicules électriques ont-ils à ce jour la bonne vision pour verdir le transport de marchandises ?

Il y a trois critères à prendre en compte pour définir une gamme de véhicules utilitaires : le dimensionnement du véhicule, sa performance et l'adéquation de l'aménagement à son métier. Produire un véhicule n'est pas le seul critère, maîtrisé d'ailleurs par les acteurs de statut "automotive" présents sur le marché. D'un point de vue technique, un constructeur sait aujourd'hui produire à la chaîne des châssis.

Le véhicule électrique pose la question de l'usage. Il s'agit de revenir vers le métier du client et donc de s'appuyer sur le carrossier aménageur. Apporter de l'efficience à l'aménagement (réduction du poids – gestion des consommations d'énergie annexes) est plus importante qu'il n'y paraît sur l'utilitaire électrique. La bonne vision pour donc voir verdir le transport doit porter sur l'ensemble de ces paramètres.


Quelle est la position défendue par Gruau ?

Le choix de l'électrique chez Gruau n'est pas uniquement un choix militant. C'est aussi un choix raisonné car ce mode de propulsion apporte aux utilisateurs de multiples bénéfices. En effet, notre offre électrique est flexible dans sa définition technique (autonomies possibles – diversité des aménagements métiers).

Nous mettons au quotidien nos compétences au service de l'électrique depuis presque 20 ans. Toutes les gammes électriques des constructeurs ont la capacité de recevoir nos transformations et nous les adaptons à cette génération de véhicules si nécessaire. Nous contribuons à l'essor des véhicules en qualité d'intégrateur d'une chaine de traction dans l'utilitaire ELECTRON II et nous sommes dans ce cadre focalisés sur le segment du marché 11 m3 - 20 m3 représentant une part significative des détenteurs de tels véhicules (plus de 150 000 véhicules sont vendus et pour une grande partie aménagés chaque année sur ce segment en France).

Aujourd'hui, on peut compter 120 véhicules électriques Gruau sur les routes sur des applications diversifiées, représentatives de notre savoir-faire de carrossier : bennes pour la collecte des déchets de chantier, véhicules de transport de personnes à mobilité réduite avec RATP Dev (sur le 94 et Paris), véhicules isothermes … Gruau n'est pas uniquement positionné sur la livraison du dernier kilomètre, mais sur la mobilité urbaine électrique dans sa globalité.

Notre organisation est également adaptée à la territorialité des enjeux. La proximité vis-à-vis du client est fondamentale pour bien connaître ses contraintes d'exploitation. Nous nous employons au quotidien à être proche de la demande avec les équipes commerciales en place et le support de notre réseau de distributeurs Gruau intervenant pour adapter le véhicule aux usages du client.


Illustration : © Gruau

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